Voix du Maghreb – Entretien avec Jasser Haj Youssef, 1re partie

Violoniste virtuose, compositeur, professeur et chercheur, Jasser Haj Youssef est ce musicien tunisien qui, le premier, a introduit la viole d?amour (violon baroque muni de cordes sympathiques) dans la musique arabe. Résidant à présent en France, sa carrière lui a permis de partager la scène avec Cheikha Rimitti, Karim Ziad, Barbara Hendricks et bien d?autres musiciens remarquables. Ayant étudié au cours de ses études doctorales les similitudes entre les improvisations de la musique arabe et celles du jazz, il a également contribué de manière significative à la fusion du jazz et de la musique arabe. Dernièrement, Jasser a pris le temps de parler de sa formation et de ses influences musicales avec Wanda Waterman St. Louis.

Les premières années

Lorsque je suis né, un ami de mon père m?a offert un petit violon (taille 1/4). J?ai été très attaché à cet instrument et j?ai décidé de l?apprendre. Le violon est un instrument passionnant que nous trouvons dans toutes les cultures du monde.

J?ai grandi à Monastir, une belle ville sur les côtes tunisiennes. Enfant, ma grand-mère me chantait du malûf (musique arabo-andalouse), mon père et ses amis musiciens interprétaient le répertoire de musique arabe classique. Lorsque j?avais trois ans, j?ai assisté à un concert de la chanteuse Choubeila Rached qui m?a beaucoup marqué.

Dix ans plus tard, j?ai eu la chance de l?accompagner au violon sur scène et à la maison dans des soirées familiales. On avait plusieurs instruments à la maison : piano, clarinette, oud, violons, flûte et percussions . . . La musique fait partie de notre vie quotidienne.

Mes repères vont de la musique classique européenne jusqu?au jazz, du répertoire traditionnel du Maghreb jusqu?en Orient, sans oublier des cultures importantes qui m?ont beaucoup influencé comme les musiques ottomane, indienne et africaine.

J?ai eu la chance d?avoir une double éducation musicale : la première est académique (études aux conservatoires et instituts supérieurs de musique en Tunisie et en Europe). Ma deuxième formation est basée sur la transmission orale, grâce à des maîtres de musique traditionnelle et du jazz.

De quelles conditions avez-vous besoin dans votre vie pour être créatif ?

Différentes sensations comme l?amour ou la nostalgie peuvent créer en moi un besoin de créer la musique.

Certains livres, albums, musiciens ou films ont-ils été des points de repère dans votre développement créatif ?

Des albums comme « Fakkarouni » de Mohamed ABDEL WAHAB (version Oum Kalthoum), « The Kind Of Blue » de Mile DAVIS et « Sonates et Partitas pour violon seul » de J.S. BACH (version David OISTRAKH) continuent encore à m?influencer !

La voix de Saliha et de Bulent ERSOY ont toujours de l?effet sur moi. Des musiciens comme L. SUBRMANIAM, Ridha AL-KALAII, Stéphane GRAPPELLI et Mustafa KANDIRALI ont enrichi mon son et mon phrasé.

Certains livres sur l?histoire du jazz m?ont fait découvrir la beauté de cette musique.

Comment avez-vous développé votre propre style de jeu ?

Mon jeu n?est pas basé uniquement sur des techniques violonistiques. Il s?inspire beaucoup de la voix humaine et du chant, ce qui explique le côté vocal et le souffle qu?on entend lorsque je joue du violon ou de la viole d?amour.

La suite, la semaine prochaine!

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